Hanifa et Smaïl du 36 Bonap !

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Photo prise sur leur page Facebook

Pour ma première interview, j’avais très envie d’interroger les propriétaires du 36 Bonap. Cela fait environ quatre ans que je connais cet endroit, qui se situe, lui aussi, dans mon quartier, comme vous l’aurez déjà compris avec le nom du lieu. C’est facile à retenir et ainsi, on ne peut pas oublier l’adresse du 36, rue Bonaparte. Avant, j’y allais de temps en temps, pour manger un burger maison, une salade à composer soi-même avec des produits frais ou un bon couscous préparé par Hanifa en fin de semaine. Et puis, depuis environ deux ans maintenant, c’est devenu ma cantine du mercredi, un lieu où je retrouve quelques amis après le travail, pour décompresser et passer un bon moment.

Je crois que je vais autant dans cet endroit pour sa cuisine simple et familiale que pour ses propriétaires, so nice, et à Nice, ce n’est pas une mince affaire. Vous ne serez pas forcément attiré par cet endroit, vu de l’extérieur. Il n’y a pas de devanture «tape à l’œil». Il ne s’agit pas d’un bar lounge ou d’un restau chic mais juste d’un petit endroit, difficile à définir, entre un snack bar, une petite brasserie ou un café en fonction de l’heure, avec une devanture sobre.

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Mais, une fois entré, c’est tout autre chose, un lieu haut en couleurs et en personnages, avec ses habitués où la promiscuité entraîne des conversations animées. On a un peu l’impression de se retrouver après avoir fait le marché, dans l’unique bistrot de la place de son village. Cela fait vraiment du bien lorsque l’on habite dans une métropole comme Nice.

Alors, voici l’interview de ces premiers Nice People. Après le rush du mercredi midi, je suis retournée en milieu d’après-midi au 36 Bonap pour pouvoir tranquillement discuter avec Smaïl ou plutôt Samy, comme ses clients l’appellent. Il s’est prêté au jeu sans hésitation et avec beaucoup d’entrain :

Bonjour ou plutôt re-bonjour !

Pouvez-vous vous présenter ? Qui êtes-vous ? D’où venez-vous ?

Oui, bonjour, je viens d’un pays de l’autre côté de la Méditerranée. J’ai fait plusieurs étapes, d’abord à Paris où je suis resté vingt ans.

Vous étiez déjà restaurateur à Paris ?

Pas du tout ! J’ai fait l’école là-bas. Je suis arrivé à 10 ans et puis, j’ai pris une affaire à mon compte en Sologne que j’ai tenue pendant quinze ans.

Sur le même principe que le 36 Bonap ?

Non, c’était de l’alimentation, de la vente à emporter mais pas de restauration.

Vous nous avez dit que vous veniez de l’autre côté de la Méditerranée, c’est-à-dire ?

D’Algérie. Alors… en Sologne, il s’agissait d’une grande supérette. On vendait tout type de produits alimentaires. On vendait même du poisson. Des produits locaux, principalement des Halles, des fruits et légumes, des fruits exotiques etc.

Et comment êtes-vous arrivés à Nice ?

Eh bien, un beau jour, on a décidé de venir sur la côte d’Azur pour le doux climat car mon épouse a un problème de circulation du sang. Et, comme on avait déjà un pied-à-terre ici, cela a été facile, pour nous, de venir nous y installer.

Vous aviez de la famille déjà ici ?

Oui, oui, on a un frère qui est installé depuis plus de trente-cinq ans ici. Et comme on venait régulièrement en vacances, une fois voire même deux fois par an, alors, on s’est dit un jour, allez pourquoi pas ! On tente notre chance sur la Côte d’Azur. Et donc, on est arrivé dans le quartier Bonaparte.

Pourquoi avoir choisi ce quartier ?

On a d’abord prospecté un peu partout, à droite, à gauche mais là où on a eu le coup de cœur, c’est ici ! Le quartier Bonaparte !

Qu’est-ce qu’il a de particulier ?

Je ne sais pas. Je dirais qu’il a une âme. Ça me rappelle un peu notre Quartier Latin lorsque j’étais à Paris.

Et il était comment ce quartier ?

Un quartier populaire. Le quartier que nous fréquentions le plus. Et puis, on ne regrette pas car le quartier Bonaparte a vraiment bien évolué. C’est encore mieux maintenant que lorsque nous sommes arrivés en 2002.

Alors, vous avez commencé ici en 2002 ?

En fait, on a acheté le local en 2002. On a commencé à exercer la même profession que nous avions en Sologne. On a fait une supérette ici. C’était très grand. La supérette comprenait la cuisine actuelle. Cela a duré de 2002 à 2013.

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Photo prise sur Google Images

Puis, on avait envie de changer un petit peu, par rapport justement au quartier qui évoluait. On s’est dit, tiens, pourquoi pas un p’tit salon de thé. On arrive maintenant à un âge certain, alors, on va lever un peu le pied. C’est vrai qu’avec les cagettes, tout ça, c’est lourd. C’est dur, beaucoup de contraintes. Il faut se lever très tôt le matin pour l’installation. Alors, un p’tit salon de thé pour être plus tranquille, et finir en retraite.

Un salon de thé ? Ce n’est plus vraiment cela maintenant ?

Non, petit à petit, on a eu de la demande pour de la sandwicherie, le petit déj’ et puis le plat du jour. Et cela a évolué comme ça. Et puis, on s’est dit aussi, on va se mettre un peu à la mode en faisant des burgers, des panini, des sandwichs club… et puis, comme il fait souvent beau, ici, eh bien, un p’tit bar à salade. Les clients ont commencé à dire : « C’est bon ce que vous faites ici. Vous devriez préparer des p’tits plats cuisinés. Madame est d’origine maghrébine, elle doit savoir cuisiner ». Et tout est parti de là. On a commencé à faire des tajines et des couscous.

Et ce changement depuis combien de temps alors ?

Très vite ! Pratiquement depuis le début. On a fait mettre la cuisine aux normes, une cuisine professionnelle. Et apparemment, nos plats ont plu.

Cela s’est toujours appelé le 36 Bonap ?

Oui, enfin la supérette s’appelait Épicerie Bonaparte. Et quand on a changé de raison sociale, qu’on a commencé le snacking, on a cherché un nouveau nom. C’était pas facile. On s’est réuni en famille autour de la table. On a proposé tout et n’importe quoi. On a beaucoup rigolé. Et puis, ma fille a trouvé le 36, le 36 Bonap, facile à retenir avec sa double signification : l’adresse et le « Bon appétit ! » bien-sûr. Voilà !

Est-ce que vous pourriez me dire ce qui vous passionne dans la vie ? Et qu’est-ce qui vous met hors de vous ? Dans votre métier tout particulièrement ?

Depuis tout jeune, depuis que je suis à mon compte, j’ai toujours été en relation avec les gens. Bon, j’ai fait d’autres métiers ; j’ai travaillé dix ans dans l’imprimerie par exemple ; j’ai été chauffeur offset mais c’était la routine. Alors que dans le commerce, c’est chaque jour différent. On rencontre toujours de nouvelles personnes. On travaille, c’est vrai mais on rigole beaucoup aussi. On n’a pas vraiment l’impression de travailler en fait. Il n’y a pas de temps mort.

Alors, c’est cela qui vous plaît le plus ? Le contact avec les gens ?

Oui, j’adore le contact. Les journées passent très très vite. Il y a toujours à s’occuper.

Et est-ce qu’il y a quelque chose qui vous dérange ou vous énerve?

Oui, évidemment. Il y a toujours des choses qui nous énervent mais ce n’est pas important. Y a des jours où ça ne marche pas comme on veut mais c’est vite oublié car très vite, ça repart.

Si vous deviez définir votre lieu en 3 mots ou 3 phrases, que diriez-vous ?

Je dis que finalement, je suis content car ça plaît à nos clients, ça nous plaît à nous et c’est dans un beau quartier.

Donc, l’important, c’est de se faire plaisir et de partager ce plaisir avec les autres ?

Oui, le plus important c’est la clientèle ! Avant, je n’étais pas de la restauration mais au bout de 2 ou 3 mois, j’avais l’impression d’avoir fait cela toute ma vie. Une évolution formidable pour nous.

Et donc, quel genre de cuisine vous proposez aujourd’hui ?

De la restauration rapide aux petits plats cuisinés. On touche un peu à tout. De la cuisine traditionnelle, orientale. C’est avec nos traditions et nos coutumes qu’ Hanifa a ce savoir faire de cuisinier. Elle tient cela de sa mère.

Avez-vous un plat de prédilection ?

Le couscous, le tajine. Ce sont des plats que l’on ne trouve pas facilement dans le quartier.

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Photo prise sur Trip Advisor

Est-ce que c’est cela qui fait la différence ?

Oui, certainement et en même temps, on s’adapte aussi à la clientèle qui aime manger niçois. De temps en temps, on fait de la daube par exemple. Les touristes, eux, viennent manger nos excellents burgers. Ils sont ravis et nous le disent sur Trip Advisor. On fait des frites maison, des bagels aussi, des sandwichs club à emporter. Bref, on se met à la page ! Le client peut aussi composer sa salade, choisir sa sauce, la manger sur place ou l’emporter. Le prix ne change pas. Je me fournis chez les commerçants du coin pour avoir des produits plus frais pour les salades, le primeur en particulier.

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Parlez-nous de vos clients. Avez-vous une clientèle particulière ? Il y a beaucoup de touristes ?

A la belle saison, oui ! Ils viennent une première fois puis reviennent lorsqu’ils sont de nouveau en vacances ici. Je pense qu’ils regardent un peu les commentaires sur Trip Advisor. Certains m’ont dit qu’ils m’avaient trouvé grâce à ça. Sinon, le bouche à oreille fonctionne très bien aussi. Mais, c’est principalement des gens du quartier qui viennent ici. Du fait que je sois là depuis plus de treize ans. Certains anciens clients de la supérette viennent boire un café ou prennent un plat à emporter. Les retraités viennent passer un bon moment. Les gens qui travaillent dans le quartier viennent prendre un café, manger un croissant le matin, déjeuner le midi. Et puis, il y a les gens qui habitent dans le quartier bien-sûr. C’est une clientèle très locale.

Qu’aimeriez-vous améliorer ? Avez-vous des points faibles ?

Cela fait un moment que je me bats avec la mairie pour avoir une terrasse qui correspondrait à une place de parking. Ce serait vraiment bien. Pour l’instant, on peut faire manger environ 20 à 25 personnes entre l’intérieur et l’extérieur. On reçoit en moyenne une quarantaine de personnes par jour. Ce qui est pas mal déjà. Mais si j’avais une terrasse, ce serait vraiment un avantage, comme d’autres de mes collègues dans le domaine, et dans le quartier.

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Quels sont vos points forts ? Organisez vous des événements particuliers ?

On a déjà organisé des soirées, des anniversaires pour des adultes ou des enfants. Il suffit de nous en faire la demande et de réserver. Mais, je ne loue pas l’endroit car je veux rester en bons termes avec le voisinage et éviter les nuisances sonores. J’ai lu quelques commentaires de clients. Ils disent que c’est propre, que c’est bon et que les prix sont très corrects.

Avez-vous des projets ?

Pas vraiment. La retraite approche mais je veux encore rester en activité quelques années mais j’aimerais aussi profiter du soleil. Alors, je continuerai à travailler le matin, faire le café, le p’tit déj’ mais l’après-midi, je fermerai et on ira se promener au port. Il y aura sûrement un p’tit jeune qui sera embauché pour aider le midi, quelqu’un de compétent, d’ici deux ans peut-être.

Mais, vous avez quel âge, sans indiscrétion ?

61 ans. Il me faut encore environ deux ans pour prendre ma retraite.

Quels sont vos horaires d’ouverture ? Pouvez-vous nous décrire une journée type ? Comment cela se passe-t-il ?

On ouvre à sept heures le matin.  Et à part si l’on est trop fatigué, après le repas du midi, sinon, en général, on fait journée continue et puis, comme on est deux, on alterne, on se remplace. Et jusque vingt heures, on est disponible. Après on ferme sauf si on a des réservations. A partir de 5 ou 6 personnes, si on est prévenu la veille, pour un couscous par exemple, on reste ouvert. On reçoit toujours avec plaisir. Pour nous bien-sûr, la journée commence avant. On fait cuire les pains au chocolat et les croissants. On prépare le local. On nettoie. Et puis, on démarre comme ça avec les p’tits cafés et p’tits déj’. Y a beaucoup de monde le matin à cette heure, entre 7h et 10h. Les commerçants du coin, primeurs, les entreprises, les maçons etc. Puis, on prépare le repas du midi. Presque chaque jour, il y a un plat du jour. On garde le couscous comme rituel du vendredi et samedi. Sinon, on change souvent : de la daube, de la paella, de la blanquette de veau, de l’osso Bucco, de la tête de veau, du tajine d’agneau aux pruneaux, du poulet aux olives… et quelques pâtisseries comme le tiramisu, des zlabia sans oublier quelques boules de glace. On ferme le dimanche midi et après-midi sauf si il y a des réservations. Bref, tout cela se fait à la bonne franquette !

Pour finir, si vous deviez conseiller un lieu à découvrir à Nice, ce serait lequel ? Pourquoi ?

Il y a tellement de super endroits ; En toute simplicité, on sort dans le Vieux Nice pour manger une pizza au Bistrot du Coin par exemple, après la boucherie Saint François.

Alors, après une bonne heure d’interview, une cliente, une habituée, une petite dame à la retraite, est venue nous interrompre. Elle est venue passer un p’tit moment en bonne compagnie. Elle nous parle d’elle, de sa vie, de ses difficultés puis aussi de ce qu’elle aime : Saint Jean Cap Ferrat, la Villa Ephrussi de Rothschild, la Bio danza pour, dit-elle, faire se rapprocher les êtres. Samy est très à l’écoute. Il participe volontiers à la conversation. La dame se sent un peu comme chez elle. Elle boit tranquillement son thé. On sent qu’il y a une vraie intimité qui s’est créée. Elle nous fait part de ses confidences en toute confiance. Elle pensait même que j’étais de la famille et me dis de l’appeler par son prénom. Et c’est bien cela, ici, on se sent en famille. On y croise d’ailleurs souvent leurs enfants et petits enfants. On vient partager un moment convivial avec des propriétaires chaleureux, à la grande générosité qui savent choyer leurs clients. On n’est plus chez eux mais chez nous !

Pour moi, mon plat coup de cœur, c’est l’osso bucco accompagné de pâtes mais j’aime aussi beaucoup leur roastbeef purée qui me rappelle les repas du dimanche en famille et la cuisine de ma grand-mère qui me manque tant.

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Osso Bucco façon Hanifa

Et puis, je demande souvent à Hanifa qu’elle me fasse des Makroud car j’adore ça ! Alors, allez-y, retournez-y et sans modération. Avec un peu de chance, on s’y croisera et on pourra commencer à se raconter des bribes de nos vies.

Merci beaucoup à Samy pour sa disponibilité, sa bonne humeur et sa gentillesse pendant tout l’entretien ! Merci aussi à Hanifa pour tous ses bons p’tits plats et son sourire !

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Deux Nice People très attachants comme beaucoup de leurs clients d’ailleurs ! 😉

Comme d’hab, ce sera Nice comme il vous plaira:) as Nice as you like it !

By Miss Jam

Le 28 mars 2017

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Auteur : Missjam06

Pour tout renseignement complémentaire ou conseil personnalisé, n'hésitez pas à me contacter via email. En particulier, si vous cherchez un "greeter" pour vous faire découvrir Nice et la côte d'Azur ou encore si vous avez envie d'allier tourisme et shopping, je pourrai vous faire quelques propositions amusantes et vous servir de "touristic shopper" et "personal coach". C'est comme il vous plaira :) ... as Nice as you like it!

4 réflexions sur « Hanifa et Smaïl du 36 Bonap ! »

  1. Bien !!! bravo j’ai lu jusqu’au bout !!! et ça c’est un vrai compliment (j’ai fait le stage « écrire pour être lu ») mais pour dire ce que je pense je n’ai pas eu besoin de stage il suffit d’avoir de la sincérité ! Alors oui Bravo !!! envie de faire connaissance avec ces deux « Nice people » à l’esprit gourmand et commerçant 😉

    Aimé par 1 personne

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